La surpopulation carcérale ne cause pas les suicides
16/12 Catégories : Prisons, Web & médias
Telle est la conclusion d'une étude de qualité, réalisée par l'Institut nationale des études démographiques (INED) et la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP).
Il n'est pas question, bien entendu, d'en déduire que la surpopulation carcérale ne serait pas un mal ; comme le souligne les auteurs, "les conditions d'encellulement relèvent de la dignité humaine", et celle-ci n'est pas négociable.
Mais ce n'est pas parce que la lutte contre le manque de places de prison est légitime qu'il faut attribuer n'importe quels maux à la surpopulation carcérale.
On savait déjà, grâce à une excellente étude italienne, que la surpopulation carcérale ne provoquait pas une hausse de la récidive.
On apprend aujourd'hui que la surpopulation n'a rien à voir avec le phénomène des suicides en prison. C'est ce que montre très clairement le graphique ci-dessous.
Voici le commentaire des auteurs de l'article :
Contrairement aux idées reçues, la surpopulation carcérale et le suicide n’évoluent pas de façon parallèle.(...) Alors que le taux d’occupation des établissements pénitentiaires diminue au début des années 1990, le taux de suicide augmente. Et lorsque le taux d’occupation augmente à partir de 2002, celui du suicide a tendance à diminuer.
Le graphique le montre bien : la relation entre suicide et surpopulation est presque inversée !
Mais comment la surpopulation pourrait éviter des suicides ? Les auteurs nous mettent sur la voie :
La moitié des suicidés étaient seuls en cellule. Disposer d’une cellule seul est même considéré par certains comme un facteur majeur du risque suicidaire.
En effet, d'après l'étude à laquelle les auteurs font référence - Suicide in prisoners: a systematic review of risk factors -, le fait d'être placé en cellule individuelle est le prédicteur le plus fort du suicide, devant le fait d'avoir déjà commis une tentative de suicide dans le passé ou le fait de souffrir de troubles psychiatriques.
On comprend mal, par conséquent, pourquoi les parlementaires (et le Sénat en particulier) ont tant bataillé pour inscrire le principe de l'encellulement individuel dans la loi...

