Incroyable.

Hier, ce blog indiquait qu’une étude statistique de l ’Institut national des études démographiques (INED, l’équivalent de l’INSEE en matière démographique) avait réalisé une étude qui montrait, entre autres choses, que la surpopulation carcérale réduisait le risque de suicide.

Découverte a priori surprenante, sauf pour ceux qui connaissent le sujet, car ils savent que le fait d’être placé en cellule individuelle accroît nettement le risque de suicide (or la surpopulation réduit de fait le nombre de placements en cellules individuelles).

L’Express, comme il se doit, réalise un article sur le sujet.

Son titre : La surpopulation carcérale, "facteur de risque aggravant" des suicides

A ce stade, on se dit : soit il s’agit d’une erreur de frappe, soit l’INED vient de reconnaître avoir fait une erreur, soit des chercheurs de renom ont convaincu la journaliste que l’étude de l’INED était isolée, perdue au milieu de nombreuses études scientifiques au résultat inverse.

Il n’en est rien.

La journaliste juge que la surpopulation carcérale est un facteur aggravant… parce que l’OIP le lui a dit !

Et qu’est-ce que l’OIP ?

Il s’agit de l’Observatoire international des prisons. Cette association, qui n’a d’international que le nom (il existe simplement une section belge francophone), est une association militant contre l’enfermement et pour les alternatives à l’incarcération.

Dans ses statuts, l’OIP considère explicitement que « l’emprisonnement est une atteinte à la dignité de la personne ». Elle fait donc partie de ces associations opposées aux prisons, que l’on nomme habituellement « abolitionnistes ».

Mais revenons à l’article.

Après avoir rappelé que la proportion de suicides en prison en France était supérieure à celle de nos voisins (ce que montre bien l’étude de l’INED), la journaliste en arrive à la fameuse question du rôle de la surpopulation carcérale.

La surpopulation carcérale est fréquemment dénoncée comme facteur de suicides en prison. Mais elle n'est pas reconnue comme telle par l'étude. "Contrairement aux idées reçues, la surpopulation carcérale et le suicide n'évoluent pas de façon parallèle", souligne l'Ined.

Non seulement la surpopulation et le suicide n’évoluent pas de façon parallèle, mais ils évoluent dans un sens inversé (voir cette note). Depuis 20 ans, plus la surpopulation est forte, moins il y a de suicides ; et plus la surpopulation est faible, plus il y a de suicides.

Un schéma "réducteur" qui embarrasse l'Observatoire international des prisons (OIP).

Pourquoi l’OIP serait-elle embarrassée ? La surpopulation carcérale est un problème de dignité humaine, et il n’est pas nécessaire, pour la dénoncer, d’en faire la cause de tous les maux… Dans son combat militant, l’OIP serait-il prêt à utiliser tous les arguments possibles – même empiriquement faux – en défense de ses thèses ?

"On ne peut nier le lien entre la surpopulation carcérale et le suicide, objecte Stéphanie Djian, déléguée nationale adjoint de l'OIP France. La surpopulation est au contraire un facteur aggravant. Elle affecte les conditions de vie qui, elles-mêmes, ont un impact sur les risques de suicides."

Ca c’est un argument convaincant : on ne peut tout simplement pas NIER que la surpopulation carcérale cause des suicides. AU CONTRAIRE, la surpopulation est un facteur aggravant.

Peu importe, donc, que les chiffres montrent précisément le contraire ?

Autre point gênant pour l'OIP, l'encellulement individuel est considéré par l'Ined comme un facteur de risque dans les suicides. "C'est une idée reçue, un argument inexact utilisé par l'administration pénitentiaire, pendant l'élaboration de la loi pénitentiaire. Ce afin d'éviter de se mettre en conformité avec les règles européennes", fulmine Stéphanie Djian.

Nouvel argument puissant : le fait que l’encellulement individuel accroisse le risque de suicide (fait bien connu et démontré dans différents pays) est un ARGUMENT INEXACT. Pourquoi inexact ? Parce que c'est comme ça.

Et d'insister: "la cellule individuelle est importante pour le respect et la dignité de la personne".

Certainement. C’est bien la raison pour laquelle l’OIP ne devrait pas avoir besoin de nier les faits pour faire avancer ses combats.

Mais manifestement, pour l’OIP, la dignité des détenus n’est pas un argument suffisant.

Quant à l'Express, comment ce journal sérieux a-t-il pu autoriser la publication d'un tel article ?

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