Entretien avec le psychologue Vincent Caux sur les thérapies adaptées aux victimes de viol et d'agression
08/01 Catégories : Psychiatrie & psychologie, Victimes
Vincent Caux est psychologue. Il exerce son métier en cabinet libéral, coordonne en parallèle un dispositif socio-judiciaire de prévention de la récidive des violences conjugales (Association Espérer 95), et intervient pour l’association APRIL’V (Association de Prévention, Responsabilisation, d’Information et de Lutte contre les Violences) en Seine-Saint-Denis.
Il a coordonné il y a quelques années des groupes de parole avec des personnes victimes d’abus sexuels dans l’enfance et travaillé à des supports de prévention des maltraitances destinés aux enfants.
Il décrit dans cet entretien accordé à l'Institut pour la Justice le principe des thérapies cognitives et comportementales qu’il propose aux victimes de viol et d’inceste et explique pourquoi il a été convaincu de leur efficacité.
Parallèlement, son expérience montre les limites – voire certains écueils – des thérapies d’inspiration psychanalytique, qui sont, encore aujourd’hui, les plus répandues en France.
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Xavier Bebin, délégué général de l’Institut pour la Justice (IPJ) : En tant que psychologue clinicien, vous avez été amené à suivre des personnes victimes de viol ou d’agression sexuelle. Pouvez-vous nous expliquer comment vous traitez ces patients ?
Vincent Caux : En premier lieu, il convient de réaliser avec la personne, durant quelques séances, une évaluation du problème qui l’a conduite à solliciter une thérapie.
Ensuite, comme tout professionnel qui pratique un soin, le thérapeute doit communiquer un certain nombre d’informations : si possible, un diagnostic assez précis et expliqué à la personne, ainsi que des repères (explications, références de lectures accessibles, adresses d’associations de patients ou de victimes, ...) qui peuvent la rassurer et l’aider à mieux comprendre le fonctionnement du ou des problèmes qu’elle rencontre.
Enfin, c’est le patient qui choisit ce sur quoi il veut travailler. Le thérapeute est là pour le conseiller, mais il est important que le patient soit maître des objectifs de la thérapie. Il se peut, par exemple, qu’une victime ne soit pas prête, au début, à travailler sur des troubles liés au viol, à l’agression ou au harcèlement qu’elle a subi. Il faut alors respecter son choix et cibler des objectifs qui lui conviennent.
C’est un enseignement central des approches cognitives et comportementales : il ne s’agit pas de se jeter « à corps perdu » dans une démarche de thérapie, souvent difficile, sans passer par ces étapes. Cette forme de « transparence » est d’ailleurs une exigence essentielle lorsque l’on se situe dans le domaine du soin.
On conçoit alors la psychothérapie comme une alliance, à partir d’un contrat thérapeutique : le patient et le psychologue s’engagent ensemble (parfois par écrit) sur les objectifs raisonnables (et aussi concrets que possible), les principales méthodes et une durée approximative.
IPJ: Vous dites que cette phase d’évaluation et de discussion autour des objectifs est propre aux approches cognitives et comportementales. Elle n’a pas lieu dans d’autres types de thérapies ?
Vincent Caux : Disons qu’à l’heure actuelle, il existe en France une pléthore de « thérapies » diverses aux méthodes plus ou moins sérieuses, parfois « exotiques », aux fondements et surtout à l’efficacité plus ou moins bien connus. Donc, cette façon de travailler est malheureusement loin d’être toujours respectée.
Au-delà des graves dérives dont on entend parfois parler (phénomènes sectaires, par exemple), le problème est que l’on informe peu le patient sur ce qu’il est en droit d’attendre, c’est à dire sur l’efficacité probable de la thérapie, son but et sa méthode.
En France, on peut prendre l’exemple de la psychanalyse, qui est encore l’approche dominante. Il y a une ambiguïté profonde pour les patients qui s’y engagent : son objectif est-il de guérir une souffrance psychologique ou de mieux se connaître soi-même ? Les psychanalystes n’éclaircissent pas vraiment cette question.
D’ailleurs, Freud lui-même était ambivalent : on sait qu’il était moins intéressé par la thérapie et le soin que par l’élaboration d’une théorie globale qui permettrait de comprendre l’Homme. Il pensait d’ailleurs que la guérison du patient n’est qu’un bénéfice « de surcroît » de la cure psychanalytique… tout en revendiquant son pouvoir de guérison ! Lacan, qui a eu une grande influence en France, a également affirmé que la guérison est très « secondaire » dans la psychanalyse.
Ce n’est en soi pas nécessairement un problème, mais il est impératif que les patients soient informés !
IPJ : Une fois que vous avez passé ce « contrat thérapeutique » avec votre patient, comment procédez-vous ?
Vincent Caux : Plusieurs outils peuvent être utilisés, selon les cas et les personnes.
Lorsque la victime présente un stress physique très fort, on pourra utiliser l’apprentissage de diverses techniques de relaxation ou de ce qu’on appelle le « contrôle respiratoire ». La pratique par le patient, en dehors des séances, est destinée à lui permettre d’agir sur son anxiété et ses manifestations physiques (tensions, douleurs, attaques de panique, etc.).
Il y a d’autres symptômes gênants appelés « reviviscences » : ce sont des intrusions incontrôlées des souvenirs. Les traces « éparpillées » (émotions, sensations, images, etc.) laissées par l’événement choquant envahissent les personnes très fortement, même quand elles ne souhaitent pas y penser. Les proches d’une personne agressée, violée, accidentée ou tuée peuvent aussi vivre le même type de symptômes (après l’annonce de la mort, par exemple).
Dans ce cas, les personnes essaient souvent d’éviter autant que possible ce souvenir douloureux, et les circonstances qui les rappellent (lieux, personnes, etc.) ou tiennent à distance les émotions et pensées qui y sont reliées. Parfois même, elles ne se rappellent que de certains détails et en ont oublié d’autres. Cependant, le problème est que l’évitement du souvenir contribue à le rendre non maîtrisable. Tout cela correspond à des manifestations typiques de ce que l’on appelle l’« état de stress post-traumatique » – ce que 90 à 95 % des victimes de viol vivent dans les semaines suivant l’agression et qui disparaît parfois progressivement sans traitement, mais qui peut s’installer également ou laisser des traces durables en entraînant de l’anxiété, des états dépressifs ou des comportements à risque.
Lorsque les personnes présentent ce type de problème, il est d’abord important de leur manifester de la compréhension, de leur expliquer qu’elles ne sont pas « folles » du tout, mais qu’il s’agit d’un phénomène que d’autres gens vivent fréquemment après ce type d’expériences (« une réaction normale à une situation anormale » en quelque sorte). Puis, on a souvent recours aux techniques émotionnelles dites d’« exposition ». Il s’agit de confronter progressivement le patient aux souvenirs, dans la sécurité du cabinet, puis de façon autonome. Cela peut se faire en imagination, par un récit spontané puis enregistré ou en affrontant des éléments qui lui rappellent l’événement et selon un procédé progressif, maîtrisé et décidé par le patient.
En résumé, au cours de la thérapie, la personne apprend concrètement que les émotions et la tension liées aux souvenirs sont, certes, extrêmement désagréables, mais ne provoquent pas la perte de contrôle ou l’effondrement qu’elle redoutait. Ainsi, même si le souvenir ne sera jamais agréable, le « signal d’alarme » assourdissant qu’il provoquait va s’adoucir peu à peu.
De plus, le fait de revisiter volontairement les souvenirs permet souvent d’entrevoir autrement l’événement, de modifier certaines idées culpabilisantes ou angoissantes.
IPJ : Cette approche est-elle différente de la technique nommée EMDR, particulièrement en vogue dans les années 1990 ?
Vincent Caux : Pas vraiment. Il existe de fortes similarités entre l’EMDR et l’approche cognitive et comportementale.
L’EMDR a été controversé parce que la « stimulation par mouvements oculaires », qui forme sa principale originalité, ne contribue sans doute pas de façon particulière aux effets de cette thérapie.
Mais cela n’a pas vraiment d’importance, puisque l’efficacité globale de l’EMDR pour le traitement des traumatismes est aussi élevée que celle des approches cognitives et comportementales.
IPJ : Au-delà du stress post-traumatique, travaillez-vous sur les émotions de culpabilité ou de honte que peuvent ressentir les victimes ?
Vincent Caux : Tout à fait, c’est souvent nécessaire et utile, en particulier lorsque ces émotions de honte, de culpabilité ou d’impuissance induisent chez la victime des états de tension ou des humeurs dépressives. Ces émotions complexes sont d’ailleurs encore plus fréquentes pour les personnes agressées ou maltraitées durant l’enfance et/ou par un proche.
Dans ce cas, nous utilisons des techniques dites « cognitives » : il s’agit de travailler sur l’interprétation des évènements traumatiques par la personne (ces interprétations peuvent se traduire par des pensées comme « Je suis définitivement souillée et honteuse », « Finalement, je suis la seule responsable. », « Le danger est donc permanent / cela va m’arriver encore », « Tous les hommes sont des agresseurs potentiels », etc.)
Le travail sur d’autres émotions comme la colère, pour une victime ou un proche de victime, peut être également proposé, car la personne peut se sentir coupable d’être en colère ou, au contraire, entretenir ce sentiment de façon chronique, ce qui peut l’amener à le retourner contre soi ou contre les autres.
Nous savons que toutes ces émotions jouent un rôle important dans le maintien du stress post-traumatique mais aussi dans des troubles comme l’anorexie-boulimie, la dépression, les tentatives de suicide, parfois les scarifications, l’usage abusif de médicaments ou d’alcool, etc.
IPJ : Comment les victimes peuvent elles s’assurer que l’approche que vous décrivez leur permettra d’aller mieux ?
Vincent Caux : Il n’y a qu’une seule réponse : c’est l’accès à des informations fiables (c’est à dire officielles et scientifiques) sur l’efficacité des différentes psychothérapies.
Il ne s’agit pas de défendre une approche en particulier, mais de promouvoir l’accessibilité d’informations claires et scientifiquement fondées pour les usagers de soins psychologiques. Tout comme cela est (ou doit être) le cas pour un médicament ou un traitement chirurgical.
En fait, la recherche scientifique internationale procède déjà depuis de nombreuses années à des évaluations de ce type. Comme en médecine, la façon la plus rigoureuse de faire ces évaluations est de constituer « au hasard » (tirage au sort) deux groupes de patients, et de comparer ensuite les résultats obtenus par le groupe ayant suivi le traitement par rapport au groupe qui n’en a pas suivi (ou qui a pris un placebo, qui a été placé sur liste d’attente ou qui a suivi un autre traitement ou une autre psychothérapie).
En 2004, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a procédé à l’analyse de près de 1000 articles scientifiques réalisant des évaluations de cette nature. Ce travail a été réalisé notamment à la demande de plusieurs associations françaises de patients ou de proches de patients et de la Direction Générale de la Santé (DGS).
Le résultat a été très net, et il rejoint les conclusions d’autres revues d’études internationales : le rapport a conclu à l’efficacité des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) dans 15 troubles cliniques étudiés sur 16, alors que les thérapies d’inspiration psychanalytiques n’ont vu leur efficacité reconnue que dans 1 trouble sur 16 (les troubles de la personnalité, pour lesquels les TCC ont été également évaluées plus efficaces). Un autre type de thérapie, les « thérapies systémiques », ont obtenu des résultats intéressants pour 4 troubles sur 16.
On ne peut pas prétendre, suite à ces études, que les TCC constituent une « thérapie miracle » pour les victimes ou d’autres patients (il n’en existe pas et il y a bien sûr des échecs), mais leur efficacité globale est reconnue. C’est le cas en particulier dans le traitement des troubles anxieux, et notamment dans celui des troubles de stress post-traumatique dont souffrent souvent les victimes de viol.
IPJ : Pourtant, la psychanalyse semble régner sans partage en France : beaucoup de gens utilisent même le mot « psychanalyse » pour désigner une psychothérapie !
Vincent Caux : Oui, mais moins souvent qu’il y a quelques années. Internet, le rapport de l’Inserm, les associations de patients et quelques ouvrages accessibles contribuent aujourd’hui de plus en plus à l’information du public.
Toutefois, la majorité des gens est encore mal informée.
On peut noter, par exemple, que le rapport de l’Inserm que nous évoquions, a été enterré par le ministère de la Santé, à la demande d’un influent lobby de psychanalystes.
C’est une situation quasiment unique au monde, car la psychanalyse est nettement en voie de raréfaction dans la plupart des pays occidentaux. Paradoxalement, en France, la plupart des gens s’imaginent souvent que la psychanalyse est à peu près la seule approche existant en psychothérapie et qu’il s’agit d’un soin psychologique éprouvé.
Au final, les patients se sentent confrontés à un choix très limité entre la psychothérapie psychanalytique (intimidante, longue et coûteuse) et le traitement médicamenteux. Et on observe que la France est l’un des plus grands consommateurs mondiaux de médicaments psychotropes : le lien entre ces deux phénomènes n’est pas assuré, mais il pose question.
Parallèlement, même les psychologues d’orientation psychanalytique en France s’inspirent souvent très librement de la théorie freudienne.
Cela peut être un avantage pour le patient, mais c’est aussi un problème. On en revient au « flou » d’une approche qui ne présente pas de protocoles de soins établis, ni de principes très clairs et déterminés qui puissent être réutilisés par un autre psychologue pour soigner telle ou telle problématique.
Cela amène à penser – et à constater – que la psychanalyse peut mener au meilleur comme au pire, du moins en termes de soins.
IPJ : C’est-à-dire ?
Vincent Caux : Le meilleur, c’est la situation où le thérapeute prend ses distances avec une théorie somme toute datée, et adopte au contraire une démarche pragmatique qui repose sur son expérience et sa connaissance, parfois scientifique, de telle ou telle difficulté psychologique.
De nombreux collègues psychanalystes sont de vrais experts et d’excellents psychothérapeutes. Souvent, ils ont aussi adopté des méthodes de travail très éloignées des enseignements originaux de la psychanalyse (parfois proches des TCC ou des thérapies familiales) : il est raisonnable de penser qu’ils ont développé ce qui leur semblait fonctionner le mieux !
A partir de ce constat, on pourrait abandonner le débat sur la thérapie et déclarer que « peu importe la méthode, l’efficacité d’un traitement psychologique dépend surtout du profil du thérapeute » ! Mais ce n’est qu’à moitié vrai (la personnalité du thérapeute et la relation au patient comptent) et c’est à moitié faux (la méthode compte beaucoup également). En fait, c’est ce qu’on appelle le « mythe de l’équivalence de toutes les psychothérapies » : il s’agit d’une pensée diffusée dans le passé (et encore aujourd’hui) dans le monde de la psychologie, qui permettait une certaine forme de « paix des braves ». Le problème est que diverses études menées dès le début de la seconde moitié du 20ème siècle, puis des revues d’études comme le rapport de l’Inserm, montrent que les méthodes utilisées sont un facteur tout à fait important dans l’efficacité de la thérapie.
IPJ : Et le pire ?
Vincent Caux : D’abord, il faut savoir que, pour obtenir le titre de psychanalyste, il suffit d’avoir suivi soi-même une psychanalyse et d’être enregistré dans l’annuaire des associations de psychanalyse. On peut être psychiatre ou psychologue par ailleurs, mais ce n’est pas une obligation. C’est un cas unique : tous les autres psychothérapeutes vont devoir au minimum présenter un diplôme de psychologue ou de médecine et une formation spécifique supplémentaire. La différence d’exigence est assez saisissante ! Ce qui ne signifie pas pour autant que les diplômes protègent nécessairement contre les traitements inadaptés.
Et concernant le pire, l’expérience montre que l’usage de certains concepts – au minimum ambigus –issus de la psychanalyse peuvent être toxiques pour une victime d’agression ou de viol, sans compter la durée habituellement longue et le coût que ces cures nécessitent.
IPJ : Toxique ? Vous voulez dire que la psychanalyse peut aller jusqu’à aggraver l’état d’un patient ?
Vincent Caux : Du moins, il m’est arrivé de le constater, et à plusieurs reprises, notamment dans le domaine des crimes d’inceste.
Lorsque j’animais des groupes de parole au sein d’une association, j’ai eu affaire à une personne victime de son beau-père. Au bout de plusieurs années de suivi, son psychanalyste lui avait laissé entendre que l’abus dont elle avait été victime n’avait pas pu avoir lieu sans qu’il y ait eu un consentement, une forme d’ « appel » de sa part. Et ce, en raison du « complexe d’Œdipe », cher à la psychanalyse.
Or, dans les cas d’inceste, il est précisément essentiel de lutter contre le sentiment de culpabilité et d’indignité profonde de la victime. Il arrive très souvent qu’elle se dise « pourquoi n’ai-je pas dit non ? ». Il faut alors la faire cheminer vers une appréhension rationnelle du problème : est-il vraiment possible de dire non à son père ou son beau-père lorsqu’on a 6 ans ?
Le psychothérapeute, selon moi, ne devrait d’ailleurs pas hésiter trop longtemps à prendre position dans le cadre du soin et dire, à un moment donné : « ce qui vous est arrivé est inexcusable, et le coupable est la personne qui vous a fait cela, pas vous ». Cela peut paraître évident à certains et pourtant une telle prise de position est en principe une hérésie en psychanalyse. Quant à la théorie du complexe d’Œdipe, elle renforce facilement la culpabilité, même en dehors d’une psychanalyse, car nombre de victimes accèdent à des lectures exposant les théories « œdipiennes » et en sont parfois fort déstabilisées
IPJ : Cela paraît incroyable. Pensez-vous que c’est un cas isolé ?
Vincent Caux : Ce type de cas n’est pas majoritaire, mais il est plus fréquent qu’on ne le croit.
Il existe d’assez nombreux exemples, même s’ils ne sont pas la règle. Comme le cas de cet homme que j’ai rencontré, victime d’abus sexuels dans l’enfance, qui avait eu un enfant autiste. Son psychiatre lacanien lui avait expliqué que l’autisme de son enfant résultait certainement de ce traumatisme et du fait qu’il ne l’avait pas résolu. Admiratif de son thérapeute, il le croyait. Cet homme était culpabilisé, mais surtout, il s’accrochait à l’espoir vain d’améliorer l’état de son enfant par la psychanalyse. Tout cela alors que la science moderne a définitivement réfuté ces pseudo-explications et montré que l’autisme est une maladie neurologique d’origine essentiellement génétique.
Un dernier exemple : j’ai suivi une femme victime d’une fausse couche. Traumatisée par l’événement, qu’elle vivait comme un échec personnel, elle avait d’abord consulté un psychanalyste. J’ai été abasourdi d’apprendre que celui-ci en avait vite conclu qu’elle avait des tendances « masochistes », qu’elle avait provoqué (inconsciemment) cette fausse couche, et qu’il fallait qu’elle assume cette « pulsion de mort » ! Je vous laisse deviner si cela a aidé cette patiente qui avait une faible estime d’elle-même.
IPJ : Mais il y a bien des patients qui ont été aidés par la psychanalyse ?
Vincent Caux : Bien sûr. J’ai connu moi-même des personnes qui ont vraiment été aidées par cette approche et diverses études, y compris celle de l’Inserm, suggèrent une efficacité relative dans de rares domaines. Mais, et je dis cela sans provocation, j’ai aussi connu des personnes qui se sont senties réellement mieux après avoir consulté une voyante attentive et à l’écoute…
Ce que je veux dire, c’est qu’il reste bien à prouver que c’est la méthode spécifique qui est efficace, non pas seulement la consultation ou l’écoute de soutien dont on a bénéficié (cette écoute étant naturellement une composante a priori essentielle de toutes les psychothérapies).
A cet égard, même l’attitude « neutre » et silencieuse enseignée aux psychanalystes interfère avec cet effet de soutien. Le sentiment de la majorité des patients qui ont suivi une psychanalyse avant de venir me voir est similaire. Ils expriment le même regret désabusé : « Je parlais mais sans réaction de sa part. Ça ne m’aidait pas ».
IPJ : Qu’est-ce qui vous a conduit à prendre vos distances avec la psychanalyse ? N’est-elle pas aujourd’hui encore enseignée de façon prioritaire à l’université française ?
Vincent Caux : C’est bien le problème. La psychanalyse est enseignée à l’université française comme une sorte d’évidence. Comme la plupart des mes collègues, j’en ai été nourri tout au long de mes études. Dans les domaines de la psychologie visant à soigner (la psychologie clinique et la psychopathologie), les enseignements sont massivement fondés sur la pensée freudienne. J’en conserve quelques outils (elle fait partie de l’histoire de la psychologie) mais, sur 5 ans d’études, je ne compte que de 6 à 8 heures d’enseignement consacrées à d’autres approches thérapeutiques… C’est très, très peu. Et lorsque ces autres approches étaient évoquées par hasard, il était très fréquent qu’elles soient vertement fustigées par les enseignants (« C’est de la soupe ! », sic.). J’ai vu aussi un stage être refusé à un étudiant parce que l’institution l’accueillant pratiquait les TCC !
Ce dogmatisme a commencé à me faire réagir, mais il a fallu que je sois confronté à un ensemble d’éléments pour pouvoir prendre réellement du recul.
Dès le début de mes études, j’avais été confronté à l’enfance maltraitée dans le cadre d’un travail associatif. Je me souviens avoir été marqué par la discordance évidente entre la façon dont les enfants vivaient ces abus et ce qu’énonçait parfois la théorie psychanalytique. Mais pour moi, c’était encore la seule théorie valable…
J’avais ainsi engagé pour moi-même une psychanalyse à laquelle je n’ai mis un terme qu’au bout de longues années. Le problème que j’étais venu résoudre n’avait pas vraiment avancé, et j’ai fini par constater que le simple respect, pendant quelques semaines, des prescriptions d’un livre de « développement personnel » – acheté à reculons et presque au hasard ! – concret et bien conçu, m’avait davantage aidé…
Enfin, j’ai animé des groupes de parole dans le cadre de l’AIVI, l’Association internationale des victimes d’inceste. Or il se trouve que certaines des victimes étaient suivies en parallèle par des psychanalystes, tandis que deux ou trois suivaient des traitements de type EMDR. J’ai alors constaté que les secondes manifestaient des signes concrets et assez rapides d’amélioration, à la différence des premières. Cela a terminé, en quelque sorte, de me mettre « la puce à l’oreille » concernant les évidentes limites de la psychanalyse en tant que thérapie.
IPJ : Comment avez-vous accédé aux thérapies cognitives et comportementales (TCC) ?
Vincent Caux : Lors de mes études, j’ai entendu parler – brièvement – de ce travail d’évaluation externe des psychothérapies que nous avons évoqué. Je ne comprenais pas pourquoi ces évaluations étaient si peu évoquées à l’université. On m’a objecté, entre autre chose, que la souffrance des gens ne pouvait pas s’évaluer. Comme je suis un peu « tête de bois », j’ai tout de même voulu en savoir plus !
J’ai donc pris connaissance de ces divers résultats d’études, et de la façon dont ces études étaient menées, qui indiquaient l’efficacité des TCC et, après la fin de mes études, je me suis formé à leur pratique.
Aujourd’hui, je ne pratique plus que les TCC car mon expérience et les études scientifiques m’ont convaincu qu’elles étaient les thérapies les plus efficaces à ce jour.
IPJ : Certains accusent les TCC d’être « de droite » ou « libérales ». Outre que cela n’a pas de sens dans la mesure où une thérapie n’est ni de droite ni de gauche, une grande partie des psychologues utilisant les TCC n’ont-ils pas, comme vous, une sensibilité de gauche ?
Vincent Caux : Bien sûr.
Ces arguments proviennent de l’irritation d’une partie des psychanalystes ou tenants d’autres approches qui craignent le développement des TCC en France. Et comme les termes de « rentabilité » et d’« efficacité » liés aux TCC, ont été associés d’autre part à divers drames sociaux ces dernières années, l’épouvantail d’une « thérapie néo-libérale » a été repris de façon idéologique.
Il n’y a d’ailleurs absolument pas à cacher que les TCC répondent, entre autres choses, à une réelle exigence de rentabilité : il s’agit d’obtenir un résultat probant à des coûts en temps et en argent moindres pour le patient et la collectivité. Rien de déshonorant, donc, lorsque cette recherche d’efficacité s’exerce sous la tutelle d’une éthique du soin (respect du patient, de ses droits, de ses choix, etc.) applicable à tous.
C’est pour cette raison que ces approches ont été préconisées par diverses administrations de santé aux États-Unis, en Angleterre et ailleurs en Europe. Signalons aussi que les pays du Nord de l’Europe, qui emploient largement les TCC, ne sont guère réputés plus « libéraux » que la France.
De toute façon, les discussions de ce type sont inépuisables, puisque les TCC ont été accusées tour à tour d’être des traitements superficiels, une méthode de dressage animalier appliqué à l’être humain, voire le vecteur d’une démarche ultra-libérale !
Tout cela est évidemment absurde et pourrait même prêter à rire si les patients, notamment les victimes d’agressions ou de viols qui sont des personnes particulièrement en difficulté, ne pâtissaient pas d’un certain nombre de ces âneries (j’emploie ce terme car l’ignorance du déroulement concret de ces thérapies est patente dans ces arguments).
Et je me demande finalement si je dois répondre à votre question, pourtant pertinente dans ce contexte : mais, oui, je connais de nombreux thérapeutes comportementalistes ayant une « sensibilité de gauche ». Ce qui, de toute façon, n’a rien à faire avec la thérapie.
ANNEXE –Quelques conseils pour bien aborder une psychothérapie
Extraits de l’ouvrage : L’estime de soi, s’aimer pour mieux vivre avec les autres, des Dr Christophe ANDRE et François LELORD, Paris 1999, Editions Odile JACOB.
Qu’est-ce que n’est pas une psychothérapie ?
« La psychothérapie ne doit pas être une technique non définie, s’adressant à des problèmes non précisés, avec des résultats non mesurables ».
Le principe d’une psychothérapie est simple :
Réfléchir sur soi avec l’aide d’un professionnel, de façon à adopter de nouvelles façons de penser et d’agir, plus conformes à nos aspirations. L’amélioration de l’estime de soi est un résultat commun à toutes les psychothérapies, en tout cas lorsqu’elles marchent ...
En tant que patient, vous avez des droits inaliénables :
- Le droit d’être écouté. Si votre thérapeute ne vous écoute manifestement pas, et ce, de façon régulière (tout le monde peut être fatigué un jour), s’il a souvent l’air pressé ou agacé par vos propos, posez-vous des questions sur sa capacité à vous aider.
- Le droit de recevoir des réponses aux questions que vous vous posez : à quelle école appartient le thérapeute ? Quels sont ses diplômes, quelles sont ses méthodes ? Pourquoi utilise-t-il telle ou telle technique ?
- Le droit de recevoir les meilleurs soins possibles en l’état des connaissances actuelles. La psychothérapie, comme la médecine, comporte ce qu’on appelle une ‘‘obligation’’ de moyens, et non de résultats. Le thérapeute ne peut vous garantir la guérison. Par contre, il doit s’engager, s’il accepte de vous soigner, à faire de son mieux pour vous guérir.
Les devoirs du thérapeute
- Il ne vous embarque pas tout de suite dans une thérapie.
- Il vous explique comment il voit votre problème.
- Il vous explique comment va se passer la thérapie.
- Il met au point avec vous des objectifs réalistes.
- Il accepte vos questions et vos remarques.
- Il ne cherche pas à devenir votre ami ou votre gourou.
- Il ne se sent pas obligé de dire du mal des autres écoles de thérapie.
- Il accepte que vous interrompiez la thérapie, sans essayer de vous culpabiliser ou de vous angoisser, mais après avoir donné son avis sur ce point.
Qu’attendre d’une psychothérapie ?
Une meilleure adaptation à son environnement et une meilleure liberté de décision dans sa vie est au fond le but direct ou indirect de toute psychothérapie. Mais thérapie ne veut pas dire magie. Il est préférable de savoir ce qu’elle peut vous apporter : mieux se connaître et mieux s’exprimer, modifier peu à peu des petits comportements quotidiens ; et ce qu’elle ne peut pas vous garantir : une métamorphose complète, rapide, facile, des succès immédiats...
A noter : une liste nationale des psychologues utilisant les thérapies cognitives et comportementales est disponible en cliquant ici.


23 commentaires
DELANNOY le 15 Janvier 2010 à 17:48
Je vous remercie de me conseiller 2 ou 3 ouvrages de référence
MMe EBERLé Jacqueline le 15 Janvier 2010 à 17:56
Merci pour le conseil de quelques ouvrages.
cap-justice le 15 Janvier 2010 à 18:45
Pour les victimes, ce livre de référence : Se relever d'un traumatisme : Réapprendre à vivre et à faire confiance, de P. Brillon.
http://www.amazon.fr/gp/product/2764010915
Sur les thérapies cognitives et comportementales, on peut lire Cottraux, J., Les thérapies cognitives, Retz, Paris, 2001 ; Van Rillaer, J., Les thérapies comportementales, Éditions Bernet-Danilo, Paris, 1998 ; André, C., Les thérapies cognitives, Éditions Bernet-Danilo, Paris, 1998
Sur la psychanalyse, Le livre noir de la psychanalyse :
http://www.amazon.fr/livre-noir-psychanalyse-Vivre-penser/dp/2264044470/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=books&qid=1263577503&sr=1-2-spell
Jean Grimberg le 15 Janvier 2010 à 20:13
Il est indispensable de lire un excellent ouvrage qui fait le point sur les "abus" de la psychanalyse en France et dans le monde et sur les avantages scientifiquement prouvés des thérapies de type TCC : "Le livre noir de la psychanalyse" publié par un collectif de psychiatres et de psychologues sous la direction de Catherine Meyer, tous mondialement connus et scientifiquement irréprochables (mais vilipendés par les psychanalystes en France bien sûr)
Pierre Sidon le 16 Janvier 2010 à 07:47
Les Thérapies Cognitivo Comportementales ne sont pas des psychothérapies : elles ne croient pas à la psyché mais supposent un homme-machine à "rééduquer". Et si elles ne sont pas prisées en France, c'est parce que la plupart des patients n'en veulent pas : ils trouvent ça bête et préfèrent qu'on discute de leurs problèmes dans la globalité (tout est lié en général) sans les tronçonner en "symptômes cible" à "traîter". Le livre de Philippe Labro (Tomber sept fois, se relever huit) en parle très bien. Alors leurs tenants crient au scandale et tentent de faire croire qu'ils sont des victimes ostracisées et prétendent qu'on n'enseigne pas les TCC à l'Université. Ceci est une contre-vérité facilement vérifiable : on ne parle QUE des TCC à la Faculté de psycho (à une ou deux exceptions près) et dans les Fac de médecine. Et dans tous ces lieux, la psychanalyse est, au mieux, ignorée. Ca ne change rien : ni les professionnels, ni les patients, ne veulent de ces pseudo-thérapies tout juste bonnes à aider à consommer plus de médicaments, et la psychanalyse et les thérapies psychanalytiques gardent l'immense faveur des patients et des professionnels. Si les TCC sont des victimes, elles ne doivent s'en prendre qu'au peuple français, qui est, comme on le sait, un peuple rétif, libre et intelligent.
Dr Pierre Sidon, psychiatre, psychanalyste, fondateur de la SARP (http://www.forumdespsychiatres.org)
René le 16 Janvier 2010 à 14:00
Sur cette page de mon blogue consacré à la psychanalyse, je propose le témoignage de mon parcours.
http://blogrene.wordpress.com/psychanalyse/
Je pense connaître la psychanalyse et ses limites. Ceux qui défendent la psychanalyse, le font sur le mode de la croyance. Ça n'est pas interdit, mais il faut qu'ils assument ce déterminant. Ceux qui veulent « pratiquer » sont libres de le faire, mais en dehors des structures financées par la collectivité.
Heureusement, la France sort enfin de son moyen-âge en matière de psychologie clinique. C'est le début des lumières.
Personne ne veut revenir à la médecine d'avant Claude Bernard. Bientôt il en sera de même pour ce beau mythe qu'est la psychanalyse.
Il est surtout urgent que la psychanalyse se « privatise » complètement ; qu'elle quitte les structures publiques où les pratiques irrationnelles n'ont pas leur place.
JUBERT François le 16 Janvier 2010 à 15:12
Je suis scandalisé par les propos de Vincent Caux sur la psychanalyse dont il n'a visiblement qu'une connaissance partielle et partiale, servant à relayer l'attaque en règle faite il y a quelques années par les thérapeutes cognitivo comportementalistes sur la psychanalyse et qui présente une vision tronquée de la psychanalyse en utilisant des méthodes scientistes (l'évaluation, l'Evidence-Based Medicine) et nullement scientifiques pour appuyer leur discours. Savez-vous que l'ensemble de la profession des psychanalystes et psychothérapeutes d'orientation psychanalytique se sont élevés en masse contre cette attaque en organisant, sous la houlette de Jacques-Alain Miller, des "forums psys" à Paris et dans les différentes grandes villes de province avec le soutien de nombreuses personnalités du monde intellectuel et politique français et international, - un autre est prévu le 7 février prochain à la Mutualité sous le titre "Evaluer Tue" - qu'un livre a été publié intitulé "l'anti livre noir de la psychanalyse", . Le fait d'utiliser des cas isolés de praticiens pour l'élever au rang de généralités est une pratique inacceptable.
cap-justice le 16 Janvier 2010 à 15:20
A François Jubert :
Le livre noir de la psychanalyse montre bien que les cas "toxiques" ne sont pas que des cas isolés (même s'ils sont heureusement devenus minoritaires).
Mais surtout, il n'y a pas de source plus solide que les revues d'études d'évaluation réalisées par les grandes institutions comme l'OMS ou l'Inserm, qui montrent clairement l'inefficacité des thérapies d'inspiration psychanalytique, et l'efficacité relative de thérapies cognitives et comportementales.
Notre souci est de protéger les victimes, et de leur donner les conseils les plus adaptés, au delà des querelles de clocher. Ceux qui, comme vous, refusent l'évaluation des psychothérapies parce que les résultats ne leur sont pas favorables, ne rendent service à personne.
JUBERT François le 16 Janvier 2010 à 23:42
A Cap-Justice,
Vous voudrez bien remarquer que le fameux rapport sur l'évaluation des psychothérapies est absent du site de l'INSERM ! Pour cause, il en a été retiré par Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé de l'époque, en raison d'une méthodologie contestable du fait de la non représentativité des psychanalystes parmi les experts et de l'utilisation de la méta-analyse, qui plus est, d'une littérature quasi exclusivement anglo saxonne. Pas un article français de psychanalyse alors que de nombreuses revues de psychanalyse existent et publient largement leur travail et leurs résultats cliniques chaque année !
Les résultats de ce rapport ne sont donc pas fondés et ne peuvent pas servir aux "victimes", dont je ne pense pas que vous ayiez le monopole pour les aider et les conseiller.
Cela dit, les psychanalystes évaluent bien leur pratique, mais selon des critères qui leur sont propres.
Des mauvais praticiens existent, chez les cognitivo comportementalistes aussi ! Qui parle de "querelles de clocher"...?
René le 17 Janvier 2010 à 01:17
Quoiqu’en disent ses adeptes, il est tout de même remarquable que la psychanalyse ait régressé dans le monde entier en raison de ses résultats plus que contestables. La France est l’un des derniers refuges de cette mythologie.
Exception culturelle, ou fin de règne difficile ?
Il fut un temps où la phrénologie (étude de la forme du crâne) domina largement le monde de la psychiatrie et de la psychologie. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
En réponse au commentaire de François Jubert : sur les trois personnalités auditionnées (rapport de l’INSERM) figure Daniel Widlöcher, psychanalyste s’il en est.
De toute façon, le problème n’est pas là. Lorsque des idées sont présentées avec l’ambition de faire autorité dans le domaine de la santé, lorsque ceux qui s’en prévalent revendiquent une clientèle et des responsabilités dans les structures publiques, la moindre des choses est qu’elles se prêtent à un début de validation scientifique. Or, au sein de la communauté scientifique, la validation se fait par l’échec de la mise à l’épreuve d’une théorie par ceux qui la contestent, et non par ses partisans !
François Jubert voudrait que les « évaluations » des psychanalystes, entre eux, s’imposent sans discussion externe. Cela fait plus d’un siècle que ça dure ; plus d’un siècle sans évolution rationnelle ni dans sa méthode, ni dans ses résultats. Qui souhaite se faire soigner aujourd’hui avec les moyens du XIXe siècle ?
On peut constater que les TCC sont les premières psychothérapies à ne pas se figer sous la forme que leur ont donnée leurs inventeurs, mais à réellement évoluer comme toute discipline scientifique. Il est frappant de voir le progrès des TCC de leurs débuts à aujourd’hui. Nous sommes là dans un processus de régulation associant l’expérimentation et une pensée logique, le seul qui permet l’optimisation, l’ajustement progressif des méthodes de soins et donc de leur efficacité. La psychanalyse, en bon système fermé, a toujours refusé cette régulation.
Contrairement à la phrénologie dont les présupposés étaient réfutables (à ce titre, elle fut une science), la psychanalyse ne disparaîtra pas complètement, parce qu’elle relève de la mythologie. Il aura fallu plus d’un siècle pour que l’occident en prenne conscience, et donc se libère de cet obstacle à la connaissance.
eusabius le 17 Janvier 2010 à 12:17
Ouais, j'ai lu le courrier mais je n'ai pas tout lu du long rapport avec Vincent Caux qui me parait un peu extrémiste
Certes la psychanalyse n'est pas une thérapie parfaite, moi même je l'ai trouvé trop dogmatique, très théorique et peu applicable sur le terrain pr guéir tout genre de souffrance pyschologique
Elle n'a en revanche jamais prétendu guérir, jamais, "la guérison vien de surcroît" disait Freud; c'est clair non
Par contre, elle vise nécessairement à mieux se connaitre, c'est son but premier, et d'autres psychanalystes rajouteront, la psychanalyse vise à vivre mieux avec ses symptômes, (le + souvent la psychanalyse opère par transfert, c'est à dire que les symptômes se déplacent de sorte que le sujet vive mieux avec de symtômes moins gênants)
Aussi, c'est pourquoi dans le cas de souffrances avérées, profondes et subites comme le viol oul'inceste, pr moi la psychanalyse n'est pas à la hauteur, à moisn que la personne ait pris du reccul depusi de nombreues années par rapport à l'évènement
Il est donc du recours des thérapies brèves, (thérapies psycho généalogiques, transgénérationnelles, sexoloques, psychocorporelles par exe) spécialisées ds ces cas, qui interviennet par un échange simultané avec la personne, comme une sorte de coaching, et non d'écoute seulement de la personne sans interventionisme ce qui est propre à la psychanalyse, c'est aussi pr cela que la méthode met des années
La psychanalyse est adaptée pr un certain nombre de personnes, genre hystériques, ou des petits problèmes sans grande souffrance mentale, ou pr mieux se connaitre ou pr vivre mieux avec certains symptômes sans gravité
JUBERT François le 17 Janvier 2010 à 14:50
A René,
la psychanalyse est loin d'être une exception culturelle française, elle est également bien implantée en Italie et en Espagne, largement dominante sur le continent sud-américain, au Brésil et en Argentine, et est en voie de faire sa place en Chine où de nombreux psychiatres et universitaires font part de leur désir d'étudier la psychanalyse lacanienne.
La psychanalyse n'est pas un corpus théorique et clinique immobile depuis Freud. Le docteur Lacan a exploré plus loin la théorie freudienne, en a formalisé des concepts et eu le souci tout au long de son enseignement d'en rendre compte de manière scientifique. Enfin, Jacques-Alain Miller a poursuivi cet effort depuis plus de vingt ans en tenant compte de l'évolution du malaise dans la civilisation et l'apparition de nouveaux symptômes qui appellent des réponses adaptées. Il faut se dégager des images d'Epinal de la cure analytique freudienne !
Concernant le rapport de l'INSERM, si Daniel Widlöcher a été auditionné, il n'a été en aucun cas désigné par l'ensemble de la profession pour représenter la psychanalyse ! Mais ce que je voulais dire, c'est qu'il n'y avait aucun psychanalystes dans le groupe d'experts que je rappelle ci-dessous :
Olivier Canceil, service hospitalo-universitaire de santé mentale et thérapeutique, secteur 75G14, Centre hospitalier Saint-Anne, Paris
Jean Cottraux, unité de traitement de l'anxiété, Hôpital neurologique
Pierre Wertheimer, centre hospitalier universitaire de Lyon
Bruno Falissard, laboratoire «innovation méthodologique en santé mentale», Université Paris XI, AP-HP, Villejuif
Martine Flament, institut de recherche en santé mentale de l'Université d'Ottawa Ottawa, Canada
Jacques Miermont, fédération de services en thérapie familiale, centre hospitalier spécialisé Paul Guiraud, Villejuif
Joel Swendsen, laboratoire de psychologie clinique et psychopathologie, institut universitaire de France, Université Victor Ségalen, Bordeaux 2
Mardjane Teherani, service de psychiatrie, centre Hospitalier universitaire Xavier Bichat-Claude Bernard Paris
Jean-Michel Thurin, psychiatre, Paris
A Eusabius,
la psychanalyse n'est pas réservée à des personnes voulant faire une introspection ou souffrant de symptômes légers. De nombreux témoignages et articles parus dans les revues de psychanalyse pourront vous en convaincre.
René le 18 Janvier 2010 à 02:17
Je prends note des observations de François Jubert. Je pense que nous avons des points de vue trop éloignés pour être en accord.
Je voudrais seulement ajouter que parmi ceux qui critiquent la psychanalyse, certains la connaissent insuffisamment, et d’autres apportent une critique « de l’intérieur ». Je pense être de cette seconde catégorie, psychologue clinicien, formé à la psychanalyse, ayant jadis entrepris une recherche sur le transfert.
Mais j’ai également lu Karl Popper, puis Jacques Bouveresse, Renée Bouveresse (« Que sais-je ? » Les critiques de la psychanalyse), ou encore Jacques van Rillaer (ex-psychanalyste), et puis surtout Jean Piaget. De ce dernier auteur il me faut vivement conseiller à François Jubert la lecture de l’ouvrage Logique et connaissance scientifique (édité dans l’Encyclopédie de la Pléiade). Car lorsque vous écrivez à propos de la psychanalyse de Lacan qu’il eut « le souci tout au long de son enseignement d'en rendre compte de manière scientifique », je pense que vous vous méprenez gravement sur le sens du terme « scientifique ».
J’aurais aimé que les tenants de la psychanalyse soient mieux disposés à entreprendre la démarche qui fut la mienne, c’est-à-dire à avoir plus de curiosité épistémologique.
Ce qui pose fondamentalement problème dans la psychanalyse, ça n’est pas sa créativité conceptuelle et sa perspicacité clinique, mais c’est son refus de passer à la « seconde phase » de toute démarche réellement scientifique, c’est-à-dire de faire le trie dans l’ensemble de ses intuitions, à l’aide d’une méthode visant à mettre les « faits » à l’épreuve, dans le cadre d’un raisonnement logique. Que l’inconscient, les fantasmes, les actes manqués, etc. soient parfaitement irrationnels, c’est l’évidence. Mais rien ne contraint la connaissance portant sur ces phénomènes de se structurer également sur ce mode irrationnel. Or la psychanalyse s’est toujours refusée à cet effort d’objectivation de ses spéculations. Elle s’est toujours comporté comme ces philosophes dont Piaget constatait qu’ils préfèrent opposer leurs idées à la science afin d’en rester « au jeu plus facile du maniement des idées et à reculer devant l’effort de l’élaboration des faits » [Jean PIAGET (1967) Logique et connaissance scientifique, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, p. 11]. Je précise que par « élaboration des faits » il faut entendre une mise en pratique de méthodes rationnelles de validation des hypothèses.
Mais je soupçonne également d’autres motivations encore moins honorables, dont j’ai pu faire le constat au sein des établissements de soins dirigés par des tenants de la psychanalyse. La nature irréfutable du discours psychanalytique se prête très bien à la justification de toute chose. C’est un bon moyen pour maintenir son pouvoir à bon compte, à l’aide de quelques formules autant ronflantes qu’incompréhensibles venant opportunément justifier toute chose et son contraire. Lorsque l’on fait ce type d’expérience, on comprend mieux pourquoi Karl Popper associait la science et la démocratie ; deux systèmes ouverts, régulés, s’opposant l’un comme l’autre aux totalitarismes, y compris les « petites tyrannies » que sont ces services sociaux, éducatifs, ou encore de psychiatrie, où l’on a le choix entre être un disciple soumis ou un dissident rejeté.
C’est ça aussi la psychanalyse, et c’est pour cela aussi que je m’y oppose.
JUBERT François le 18 Janvier 2010 à 19:53
A René,
Nous pourrions ainsi continuer notre "querelle" - pour reprendre le mot de cap justice - en discutant maintenant de Piaget, mais je ne pense pas que ce soit ni le lieu ni le but dans ces échanges sur les moyens psychothérapeutiques proposés aux "victimes".
Le lecteur jugera lui-même de l'hostililité ouverte des TCC à l'égard de la psychanalyse. Les enjeux de pouvoir, comme vous le dites, n'y sont pas pour rien.
L'honnêteté intellectuelle aurait été de limiter l'interview de Vincent Caux à ce qu'il sait faire, il en parle bien, il connait son domaine, et donner ensuite la parole à un praticien de la psychanalyse contemporain sur la question du traitement des personnes victimes de viol ou d'agression sexuelle. Cela n'a pas été fait, c'est un parti pris de l'Institut, ses lecteurs et partisans jugeront.
Encore une fois, il ne s'agit pas d'un problème de méthode mais de praticiens.
Laure Laforêt le 08 Mai 2010 à 11:59
"La guérison vient de surcroît" (C'est la cerise sur le gateau !) ce ne serait pas Lacan qui aurait dit cela ? e n'est pas la priorité de la Psychanalyse. Et elle ne prétend pas à cela, et donc échappe aux évaluations. Elle n'est pas thérapeutique mais plutôt une aide, un soutien. Elle ne doit pas s'approprier tous les champs (philosophique, médical, social, juridique ...politique. Laure
DOTTER Pierre et DARGENT Monique le 16 Février 2011 à 21:14
il n'y a q'un Seul Remède la MORT pour ses Assasins et Criminels
DOTTER Pierre et DARGENT Monique le 16 Février 2011 à 21:14
il n'y a q'un Seul Remède la MORT pour ses Assasins et Criminels
PEILLE Françoise le 21 Février 2011 à 10:32
J'ai lu avec interet les commentaires aprés l'aticle de V Caux; Je trouve que pour des sujets aussi graves que le soin aux victimes et criminels les querelle de clocher TTC ou psychanalyse sont bien inutiles. Il faut avoir un peu plus de modestie et pour faire avancer les choses c'est à dire la prévention , le soin et éviter la récidive il faut tous travailler ensemble
Les soins et la prévention sont peu efficaces voire inexistanst auprés des criminels. Je connais un peu le domaine de la délinquance des mineurs.
Dans d'autres pays europeens les jeunes sont suivis à l'intérieur des prisons par les mêmes travailleurs sociaux( 'éduc et psy) qu'ils ont avant leur incarcération . Dés leur entrée on se préoccupe de la sortie et tout au long de leur parcours ils sont suivis; il y a beaucoup moins de récidive alors que chez nous ils sont extraits de leur milieu avant incarcération c'est à dire que ils vont avoir à faire à d'autre personnel social quand il existe et se sentent complétement abandonnés et dans ces cas là ils replongent n'ayant aucun support connu qui peut les aider et leur faire confiance pour une reinsertion. IL s'agit d'un accompagnement de qualité peu importe de quelle obédience sont les psy et ce sont les hommes qui comptent plus que les méthodes. Psychanalyste j'ai suiv iqques jeunes en prison que j'avais connus avant , je n'ai jamais pensé faire une thérapie psychanalyste avec eux mais avec ce que je suis et ce que je sais comme psychologue j'ai essayé dans la pluridisciplinaritéde les aider à trouver une issue par eux même à eurs difficultés
; Je susi un peu affolée quand je vois certains commentaires sans nuance qui viennentt soit de la justice soit des psy soit des citoyens ordinaires
Essayons tous ensemble de nous donner la main pour qu'il y ait plus d'humanité
Arnaud le 22 Février 2011 à 22:13
Bravo pour cette interview, qui décrit à mon sens tout à fait la réalité actuelle. Je précise que je suis aussi psychologue, et je confirme que la psychanalyse est tout à fait dominante (voire hégémonique) à l'université quoiqu'en dise M. pierre Sidon.
J'aime à penser que les professionnels les plus jeunes se montreront plus ouverts et pragmatique, car responsables - au moins en partie - des personnes qui s'en remettent à leurs bons (?) soins. J'adhère bien sur au fait que la méthode donc la formation) est aussi importante que la personnalité du thérapeute (mais il faut les deux sans aucun doute).
Stevenet-Santi solange le 13 Février 2012 à 12:55
Bravo à Vincent Caux d'avoir cette honnêteté intellectuelle et morale de dénoncer la psychanalyse dans son refus de validation des résultats "thérapeuthiques " si la psychanalyse est une "thérapie" comme ils le laissent entendre
J'ajouterai que l'objectif de la majorité des psychanalystes Freudiennes lacaniennes et Milleriennes"- en dehors de l'exploration de leur EGO et de l'exploitation des EGOS des patients est de le clientélisme et les manipulations égotiques des patients .
J'en ai été victime en 1970 !encore vivante en écourtant "ma thérapie"!! mais certaines de mes amies s'étaient suicidées à force de souffrances psychiques non traitées pendant dix ans quinze ans!! Depuis formée, à la TCC j'ai compris que mes ex psychiatres psychanalitiques ne s'intéressaient ni à ma souffrance ni à m'aider à trouver la voie de la guérison par un accompagnement approprié ou me réorienter vers d'autres confrères TCC mais à me garder comme source de revenues masquant leur incompétence !! c'est ignoble et scandaleux
BIZET le 17 Février 2012 à 16:38
Je suis une victime d'inceste et de violence conjugale, avec un parcours très très difficile pour les 3/4 au minima, de ma vie. J'ai 45 ans, et actuellement je suis en analyse, après avoir effectué différentes psychothérapies.
Ce que j'ai a dire est que je n'ai jamais autant progressé dans ma vie, dans sa réappropriation, et ma propre réappropriation, dans mon rapport avec mes enfants, la compréhension de ma vie, de mes projections, etc, etc....que depuis que j'ai opté pour la psychanalyse.
Mais merci quand même pour votre point de vue, qui n'est qu'un point de vue parmis d'autres.
Cordialement.
C G le 19 Mars 2012 à 21:09
A lire vos propos je ne suis pas rassurée du tout. Je crois que j'ai eut raison de choisir de fuir et tout plaquer (sauf mon mari et mes enfants) pour recommencer une nouvelle vie où psy, psychiatre et cachet n'étaient que du mercurochrome sur une jambe de bois ! Les victimes sont plus fortes que vous ne croyez en sortant de l'agression. Seul les Autres et leur manque d'humanité et incompréhension les enfoncent. Je ne crois qu'en la force intérieure et l'amour pour s'en sortir. Arrêtez de mettre en liberté les agresseurs et nous pourrons vivre en paix.
C G le 19 Mars 2012 à 21:27
Françoise Peille écrit "Dans d'autres pays europeens les jeunes sont suivis à l'intérieur des prisons par les mêmes travailleurs sociaux( 'éduc et psy) qu'ils ont avant leur incarcération"
la preuve de leur inefficacité ayant fini en prison ! Le monde est trop laxiste ! Je ne souhaite de mal à personne mais une seconde de ce qu'on vécut des victimes vous suffiraient à comprendre bien des choses. Nous ne sommes que des sujets d'expérimentation. J'ai combattu la colère alors qu'on excuse ceux qu'elle submerge. Innocentes victimes elles aussi. Que fait on pour protéger tout le monde ? Les agresseurs comme leurs victimes ? Un prédateur sexuel restera toujours un prédateur. Celui qui me dit qu'il en a soigné un se lève et jure sur la tête de ses enfants qu'il est garantit qu'il ne fera pas une nouvelle victime.