Le lycéen qui a avoué avoir violé et assassiné sa camarade Agnès était sous contrôle judiciaire, ayant déjà perpétré une agression sexuelle semblable à celle dont il vient de se rendre coupable (mais elle ne s'était pas terminée tragiquement). Les journaux nous informent qu'il avait fait alors l'objet d'une expertise par un psychiatre, qu'il était suivi par un psychologue et que ces experts avaient conclu qu'il « ne présentait pas de dangerosité ».
La confiance que les magistrats accordent aux avis des psychiatres et des psychologues est mal placée. En effet, leur formation ne les prépare pas vraiment à comprendre le comportement criminel et encore moins à prédire la récidive. Car seule une très petite minorité de délinquants souffre d'une maladie mentale caractérisée. La plupart des crimes, y compris des homicides, ne procèdent pas d'une maladie. Les méthodes et les notions de la psychiatrie et de la psychologie développées pour appréhender les troubles mentaux ne permettent tout simplement pas de comprendre le comportement criminel. La récidive grave est essentiellement imprévisible. Des instruments actuariels fondés sur des données objectives (les délits antérieurs, la fréquentation de délinquants, la toxicomanie…) réduisent, mais fort peu, l'incertitude.
De nombreuses recherches ont établi que les cliniciens sont encore plus mauvais pour prédire le risque de récidive que ces instruments actuariels. Ce que raconte un criminel à un psychiatre ou un psychologue -- comme les remords dont il fait état ou son désir affiché de changer -- n'a aucune valeur pour prédire. Les psychologues et les psychiatres -- surtout ceux qui n'ont pas une longue expérience de travail avec les délinquants -- n’ont pas la compétence pour se prononcer sur la dangerosité.
Catégorie : Psychiatrie & psychologie
Le violeur présumé de la petite fille de 5 ans avait été condamné à 15 ans de réclusion en 1996 pour avoir commis 12 viols sur des mineurs de 15 ans, puis à deux ans de prison ferme en 2009 pour agression sexuelle sur mineur, une condamnation assortie d'une injonction, de soins.
Décryptage de cette affaire par les experts de l'Institut pour la Justice en 5 questions :
- Comment un agresseur sexuel peut-il récidiver alors qu’il sort d’une séance chez son psychologue ?
- Pouvait-on prévoir qu’il allait récidiver ?
- Pourquoi n’était-il pas sous castration chimique ?
- Pourquoi la Justice ne lui a-t-elle pas imposé un bracelet électronique GPS ?
- Pourquoi la Justice l'a-t-elle condamné à seulement deux ans de prison en 2009 ?
Catégories : Application des peines, Juges, Psychiatrie & psychologie, Récidive
Alexandre Baratta, psychiatre, expert auprès de la cour d’appel de Metz, décrit sans concession l'état de l'évaluation et de la prise en charge des délinquants sexuels en France et propose des solutions pour mieux lutter contre la récidive.
Un quart des délinquants ou criminels sexuels récidivent sur une période de 15 ans. Il est donc indispensable d’améliorer leur prise en charge judiciaire et sanitaire.
Première priorité : parvenir à une évaluation fiable du risque de récidive. Notre pays connaît un retard considérable en la matière. Les expertises psychiatriques sont menées selon une méthodologie datant du 19ème siècle, alors que des outils d’évaluation modernes et scientifiquement validés sont utilisés chez tous nos voisins européens.
Deuxième priorité : proposer des traitements permettant de réduire le risque de récidive. Là encore notre pays fait preuve d’un retard considérable. Dans la grande majorité des cas, des thérapies non spécifiques sont prescrites, alors que leur impact sur la récidive est quasi nulle. Les thérapies les plus efficaces, qu’elles soient psychothérapiques ou biologiques (« castration chimiques ») restent marginales.
Toutefois, croire qu’un traitement miracle existe relève de l’utopie. Les meilleurs traitements disponibles ont une efficacité limitée. Raison pour laquelle l’auteur de violence sexuelle relève avant tout du judiciaire.
Pour lire l'étude, merci de cliquer ici.
Catégories : Psychiatrie & psychologie, Récidive
Pour prendre des décisions adaptées, en tant que législateur ou acteur du monde judiciaire et sanitaire, il est indispensable de connaître avec une relative précision les phénomènes relatifs à la maladie mentale et aux troubles de la personnalité. Il est ainsi difficile d’apprécier l’opportunité de dispositifs comme l’hospitalisation d’office et la « rétention de sûreté » si l’on ne distingue pas ces deux phénomènes.
Cette étude a d’abord vocation à présenter de manière synthétique l’état actuel des connaissances scientifiques en matière de maladie mentale, de troubles de la personnalité et de dangerosité.
L’étude comprend également des propositions visant à améliorer le traitement – pénal et sanitaire – des personnes potentiellement dangereuses souffrant de maladie ou de troubles mentaux, avec le souci de protéger les victimes tout en respectant la dignité des malades.
Pour lire l'étude, merci de cliquer ici
Catégorie : Psychiatrie & psychologie
Entretien avec le psychologue Vincent Caux sur les thérapies adaptées aux victimes de viol et d'agression
08/01
Vincent Caux est psychologue. Il exerce son métier en cabinet libéral, coordonne en parallèle un dispositif socio-judiciaire de prévention de la récidive des violences conjugales (Association Espérer 95), et intervient pour l’association APRIL’V (Association de Prévention, Responsabilisation, d’Information et de Lutte contre les Violences) en Seine-Saint-Denis.
Il a coordonné il y a quelques années des groupes de parole avec des personnes victimes d’abus sexuels dans l’enfance et travaillé à des supports de prévention des maltraitances destinés aux enfants.
Il décrit dans cet entretien accordé à l'Institut pour la Justice le principe des thérapies cognitives et comportementales qu’il propose aux victimes de viol et d’inceste et explique pourquoi il a été convaincu de leur efficacité.
Parallèlement, son expérience montre les limites – voire certains écueils – des thérapies d’inspiration psychanalytique, qui sont, encore aujourd’hui, les plus répandues en France.
Catégories : Psychiatrie & psychologie, Victimes
Louis Albrand, médecin humanitaire, criminologue, est expert près la Cour d’Appel de Paris. Conseiller dans de nombreux cabinets ministériels, il a récemment été missionné par le Garde des Sceaux pour proposer des solutions visant à humaniser les prisons et lutter contre les suicides des détenus.
Ses travaux l’ont convaincu de la nécessité de créer rapidement 20 000 places de prison supplémentaires, pour disposer de centres de détention adaptés et permettre l’exécution des peines prononcées par les tribunaux.
Dans cet entretien réalisé pour l'Institut pour la Justice, il demande également l’amélioration de la prise en charge des personnes souffrant de pathologie mentale.
Il aborde enfin la question de la récidive et de la réinsertion des criminels sexuels.
Catégories : Application des peines, Prisons, Psychiatrie & psychologie

